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Un Heritage pour mes deux fils Sebastien and Martin

 

Ted Tsukiyama, Avocat en retraite, membre et historien  du MIS et du 442eme et James Tanabe MIS historien avaient honoré mon invitation. Tous deux vétérans  de la Seconde Guerre Mondiale dans leur 90 ans que j’avais sollicité pour la révision de mes deux nouveaux livres sur leur histoire. Ted Tsukiyama soudain m’envoya une question qui me prit par surprise: “ Pourquoi as-tu consacre tant années de ta vie à écrire et rechercher notre histoire (Japonais Americains). Je pense que ma réponse fut quelque peu évasive.

Tout d’abord, la première chose qui me vint a l’esprit était que je devais probablement ma vie à l’arrivée de ces Japonais Américains. Ils arrivèrent juste a temps pour libérer ma ville natale de Bruyères avant que mon père soit arrêté pour ses activités d’espionnage comme membre de l’OSS américaine et comme l’un des chefs de la Résistance a Bruyères-en-Vosges (France)

Deuxièmement  j’ai grandi dans une famille fondamentalement antiraciste et l’histoire des Nisei correspondait à mes aspirations. Ils avaient subi une telle discrimination après le bombardement de Pearl Harbour à Hawaii.

Troisièmement, j’étais déjà l’historien de la ville de Bruyères dès l’âge de 16 ans. La bataille de Bruyères avec le sauvetage du Bataillon perdu était trop important pour rester inconnues des français.

Deux évènements décisifs m’ont fait prendre conscience que j’avais peut-être mon mot à dire.

Le premier eut lieu en Octobre 1971 lorsque le premier groupe de vétérans du 442eme Régiment de Combat vinrent a Bruyères. A cette époque j’étais l’un des seuls qui pouvait parler anglais et j’étais probablement le seul a connaitre l’histoire et l’emplacement des grandes batailles dans la foret. J’étais aussi le Vice-Président du Comité du Jumelage Bruyères-Honolulu depuis 1969. Je fus donc désigné pour guider les 17 survivants de la Compagnie K du 442ème sur leurs champs de bataille.

Les vétérans de la Compagnie K, Munaru Saito, Rudy Tokiwa, Joe Shimamura, Richard Oda, Papoose Sadanaga, Fujio Miyamoto et autres avec Fred Kusuno un instituteur de Kaiserslautern en Allemagne montèrent avec moi dans le bus. J’étais muni d’un laisser passer spécial pour me permettre d’atteindre le site du Bataillon Perdu car la route  forestière était ferme au trafic par les Eaux et Forêts en ce temps-là. Le groupe stoppa dans le premier magasin de fleurs et chacun des vétérans acheta une rose.  Lors de la randonnée sur les crêtes de la foret, je détaillais les différentes batailles et ces vétérans m’écoutaient en silence.

Puis nous arrivâmes a la Roche des Fées ou le Bataillon perdu était situé. Tous descendirent du bus et commencèrent à découvrir les différents trous individuels toujours visibles dans le périmètre. Il n’éxistait rien pour commémorer la bataille. Ils décidèrent de déposer leur rose au pied des grands sapins qui portaient encore les stigmates des combats dans leurs troncs couvert de balles et d’éclats d’obus. Tous se rassemblèrent et silencieusement pleurèrent toutes les larmes de leur corps. Ces héros ne montrent pas souvent leurs sentiments mais l’émotion était trop forte. Ils avaient perdu tant de leurs amis, ici même. Ces larmes changèrent ma vie a jamais,

Le second, en 1977, un groupe de vétérans arriva de Californie mené par Kay Ishibashi et Shim Hiraoka. Pour  célébrer l’occasion une équipe de Télévision de Hawaii dirigée par Nino Martin réalisa le film "Aloha Bruyères". Nous découvrîmes avec étonnement l’histoire des camps de concentration pour les Japonais Américains aux Etats-Unis. Cet épisode prit place dans le pays de la Liberté et de la justice pour tous. Quelle honte!

En 1984, Kay Shory et Ludi Boken de Belbo Film realiserent un autre film “Yankee samurais”. Lorsque nous atteignirent la Borne SIX, l’un des huit survivants de Compagnie I qui contactèrent le Bataillon perdu, Shig Doi ne put retenir ses larmes et se retira dans la broussaille. Soudain, je l’entendis m’appeler : “Pierre, vient vite s’il te plait!” je me précipitai dans les broussailles et juste au pied de Shig Doi se trouvait un trou individuel pratiquement intact, sans aucune feuille, comme s’il avait été creusé la veille. Incroyable ! A ce moment Shig Doi, en larmes me dit: “Tant de jeunes sont mort ici, pour quoi? Personne ne le saura jamais”. Ma décision était prise et je lui répondis: “ Shig, je te le jure, ils sauront”.

Des lors je me fixai trois missions qui n’avaient rien de comparable avec celles du 442ème Régiment de Combat pendant la guerre, mais qui me prirent quand même près de 25 ans pour les accomplir :

La première mission était de faire connaitre aux français l’histoire de ces soldats Nisei et j’écrivis donc en 1988, U.S. Samurais en Lorraine en français publié par les éditions Gérard Louis et annoté par le Président de la République Française,  François Mitterrand.

La Seconde mission fut d’amener le plus possible d’habitants de Bruyères (France) à Honolulu (Hawaii) pour qu’ils découvrent de leurs propres yeux ce que représente Bruyères pour les vétérans.  La bataille de Bruyères est considérée comme l’UNE des DIX plus Importantes Batailles de l’Histoire des Etats-Unis et a cause de l’héroïsme des soldats Nisei a Bruyères, le Régiment de Combat devint l’unité la plus décorée de toute l’histoire des USA. J’organisai donc le voyage du premier groupe de 66 Bruyèrois vers Hawaii en 1976 pour une “Fantalohastique” Visite au Paradis ouvrant la voie pour de nombreux groupes les années suivantes.

La troisième mission était d’une autre envergure: Imprimer dans le sol même de Bruyères les marques de la Bataille. J’offris à la ville de Bruyères une fontaine de la Paix et de la Liberté pour être placée dans les rues de Bruyeres afin de laisser une trace visible. Les deux monuments dédiés à la bataille: Celui réalisé en 1947 par mon grand-père Charles Etienne, alors adjoint au Maire Louis Gillon, comme celui érigé en 1984 par le Maire George Henri et Jean Bianchetti à Biffontaine se trouvant tous deux invisible en plein au milieu de forêt vosgienne.

En 1969, je parcourais le Chemin de la Liberté de Boston. Pendant des années je rêvais de pouvoir réaliser un même chemin dédié à mes héros. Le deux centième anniversaire de la Révolution Française et de la première présentation de la charte des droits  de l’Homme et du Citoyen à la Convention me donna l’opportunité de réaliser ma troisième mission. Je créai et réalisai le Chemin de la Paix et de la Liberté de Bruyères-Biffontaine parsemé de 89 plaques retraçant l’histoire de chaque location. Par la même occasion, je sauvai de la destruction l’ancienne synagogue juive qui devint plus tard le Musée Henri Mathieu et où l’on peut découvrir l’histoire des Américains Samouraïs racontée aux visiteurs.

Réaliser ces trois missions ne fut pas chose aisée, au début j’étais simplement concerné à garder l’héritage de mes héros. Lorsque mon premier fils Sébastien naquit en 1980, je ne réalisai pas encore quel héritage j’allais laisser derrière moi. C’est lorsque mon second fils Martin vit le jour en 1998 que je pris conscience de mon travail de mémoire qui demeurait une preuve de mon admiration pour mes héros, les Samouraïs Américains du 100ème/442ème Régiment de Combat et le grand-père de mes enfants, Max-Henri Moulin,  ce héros calme et silencieux qui était mon père.